La Rédecouverte de L'Ame Humaine Chapitre Un (2/2)

     Il me semblait logique que si les molécules avaient un certain nombre de trous, il se pouvait peut-être que la mémoire soit emmagasinée dans ces trous, dans les molécules. Au moins c’était plus sensé que les textes que j’avais lus. Et cependant ces calculs qui nécessitaient un niveau de mathématiques supérieur à celui utilisé par les psychologues et les biologistes, ne menaient à rien. J’avais calculé que la mémoire était « fabriquée » à une certaine vitesse et était emmagasinée dans les trous de ces molécules de protéine perforées, sous la forme de la plus petite énergie que nous connaissions en physique. Mais malgré le nombre énorme de trous moléculaires et la quantité correcte de mémoire, tout le projet ne donna que le résultat suivant: j’ai été forcé de conclure, peu importe à quel point j’étais devenu libéral, que même avec ce système, certainement endessous du niveau cellulaire, le cerveau n’avait de place que pour la mémoire de trois mois. Comme je me souvenais d’événements datant d’au moins avant le début du semestre comme si j’y étais, j’étais persuadé que soit le mental ne pouvait se souvenir de quoi que ce soit, soit il existait des particules d’énergies bien plus petites que celles dont la physique nucléaire avait connaissance.

     De façon amusante, cette théorie que j’avais communiquée avec tous ses calculs à un psychiatre très connu refit surface sous la forme d’une « découverte » autrichienne et fut largement reconnue comme étant vraie. Je me suis toujours posé des questions quant à la négligence de ce psychiatre qui avait perdu la dernière page, celle qui déclarait que suite aux mêmes calculs, l’esprit est incapable de se souvenir.

     Pendant longtemps j’avais mis tout cela de côté, et c’est la physique même qui me rappela à mes calculs. Il existe des mouvements singuliers perceptibles dans les phénomènes atomiques et moléculaires qui ne sont toujours pas entièrement compris. En supposant qu’une énergie « plus petite » puisse être responsable des mouvements parmi les particules plus grandes, je me trouvais nez à nez avec la grossièreté du matériel de mesure que nous avons toujours utilisé en physique. Même de nos jours, nous n’avons que des flux d’électrons pour « voir petit ». Je fus tellement frappé par l’étendue immense de la Terra Incognita que la physique avait encore à conquérir qu’il me sembla beaucoup plus facile de faire ce que j’ai fait — sortir et devenir un écrivain de science-fiction.

     Vivant la vie plutôt romantique d’un écrivain à New York, à Hollywood et dans le Nord-Ouest, allant en expédition à l’étranger, au sein de civilisations sauvages afin de me détendre, j’avais plus ou moins abandonné ma recherche jusqu’à ce qu’en 1938 une expérience horrible me touche profondément, bien au-delà de mes circuits mentaux habituels. Pendant une opération, je suis mort sous l’effet de l’anesthésique.

     Revenu à moi grâce à une piqûre d’adrénaline faite rapidement et directement dans le cœur, j’ai fait peur à mes sauveteurs en m’asseyant et en disant : « Je sais quelque chose, si je pouvais seulement m’en rappeler. »

     Dans mon chalet du Nord-Ouest, j’ai eu un bon moment pour y penser. L’expérience m’avait rendu suffisamment malade pour que je reste d’humeur à lire, et je ne me suis pas éloigné d’une théière, d’une couverture et de livres pendant quelques semaines.

     Ce qui m’amusa fut la réaction alarmée de mes « proches » quand j’ai essayé de les régaler avec cette aventure macabre. Ils n’étaient pas gênés par le fait que j’étais véritablement et totalement mort sur le plan médical et clinique, ce qui les consternait, c’est que je veuille en parler. Ayant décidé que ce n’était pas un sujet en vogue, j’ai tout de même cherché dans ma bibliothèque qui était relativement vaste et j’ai constaté que le phénomène n’était pas inconnu chez l’homme et qu’une personne appelée Pelley avait même fondé une étude religieuse importante sur ce sujet. Il est tout à fait plausible qu’il est allé au Ciel et en est revenu et a vécu pour en parler.

     Les textes psychiatriques que je gardais dans le coin en cas de maux imprononçables pour les fourrer dans la bouche de mes docteurs imaginaires étaient tout aussi alarmés que mes proches. Ils donnaient à ce type d’expérience le petit nom laid d’« illusion », et écrivaient de gros paragraphes sur son insalubrité mentale. Il n’y a que sur cette question d’insalubrité que j’étais d’accord. J’ai toujours considéré et je considérerai toujours que mourir est insalubre. Ils semblaient penser également que les gens morts devaient rester morts. J’en ai conclu que le peu qu’ils en savaient se manifestait le mieux par le volume de non-conclusions qu’ils rédigeaient sur le sujet, et je me suis tourné vers les philosophes classiques. Bien que ceux-ci aient beaucoup à dire, il n’y avait pas grand-chose de pertinent.

     Après avoir parcouru deux cent cinquante kilos de textes, je me suis rendu compte de certaines choses qui ont changé ma vie bien davantage que le simple fait d’être mort. Au cours de ces semaines dans mon chalet, mes études me poussèrent à certaines conclusions. Premièrement, j’ai conclu que la mort n’avait pas causé de grands dégâts. Deuxièmement, j’ai conclu que l’homme, en tant qu’entité savante, n’y connaissait vraiment pas grand-chose. Et puis j’ai conclu, pour le meilleur et pour le pire, que l’homme avait intérêt à en connaître pas juste un peu plus sur la mort, mais beaucoup plus sur l’homme.

     Ceci donna une nouvelle tournure à ma destinée.

Signature de Ron Hubbard



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